
Rappel des faits : quand en 1994 est publié par le label japonais DIW, Alef, le premier volume du Masada Quartet (John Zorn, Dave Douglas, Greg Cohen, Joey Baron), la critique souligne à juste titre l'intensité de cette musique à mi-chemin entre tradition klezmer et harmolodie colemanienne. Neuf autres volumes verront le jour puis se serra au tour des enregistrements live et autres produits dérivés (Masada String Trio, Masada électrique, Masada acoustique, Masada guitars, Masada electro-bruitiste...). La saga Masada fête sa dixième année d'existence (chipotons un peu ; la première trace recensée de Masada remonte à septembre 1993) et pléthore d'enregistrements sont d'ores et déjà annoncés. Le Masada Recital est sans nul doute le projet le plus ambitieux et le plus convaincant de la série.
En donnant carte blanche à Mark Feldman et Sylvie Courvoisier, John Zorn se doutait-il que ses compositions allaient être à ce point transformées, métamorphosées ? Mark Feldman est un violoniste virtuose, un improvisateur né et un mélodiste hors pair. Tantôt tendre et nostalgique (Mashav), tantôt aiguisant ses ergots pour mieux déchirer et reconstruire la partition (Malkut entre chocs brutaux et humour noir), nous découvrons ici un soliste particulièrement inspiré. Sylvie Courvoisier, plus sombre et nocturne que d'ordinaire, cisèle douze bijoux impressionnistes. Ici, elle préfère nourrir l'espace de notes espacées et néanmoins récursives, ossature faussement fragile sur laquelle peuvent s'exprimer les folles élucubrations de son partenaire. Non dénué d'humour (Abidan et ses faux airs d'Ennio Morricone, l'un des compositeurs préférés de Zorn, faut-il le rappeler ?), cette Masada déboussolera quelque peu les fans de Zorn. Mais il est vrai qu'ils commencent à avoir l'habitude.
Luc BOUQUET - Jazzbreak
(lien là où vous savez)